Une saison en Enfer avec Nicolas

Publié le par le chat qui pêche

Hologrammes et vieux fantasmes


Quand Nicolas arriva en Enfer, il fut tout d'abord surpris de n'y trouver ni feu, ni flamme.

Le diablotin qui tenait le registre des entrées eut un soupir agacé : « Ils disent tous la même chose » se plaignit-il en refermant son agenda. « Vraiment l'information sur terre laisse à désirer ! D'où tenez vous tous cette histoire de feu, de chaudrons et que sais-je encore ? C'est de l'intox ! Maintenant, suivez mon collègue Béhémoth, il va vous instruire de votre nouvelle condition »

 

Ils pénétrèrent dans un palais qui ressemblait à s'y méprendre à celui de l'Elysée. Des gardes du corps les accompagnaient, des flics du GIGN étaient postés aux quatre coins stratégiques.

Nicolas n'en revenait pas « Bin mon cochon, enfin j'veux dire, c'est pas comme ça qu'j'imaginais ç'truc là ... » mais il fut sèchement coupé par Béhémoth :

«Dorénavant, vous devez vous exprimer dans un langage correct et, en particulier, vous êtes tenu d'employer la négation, sous peine d'être frappé de mutisme pour des périodes allant de 1 mn à cent mille ans . Voici vos appartements ».

Nicolas tourna donc sa langue dix fois dans sa bouche avant de poser sa question : « Mais enfin, dites-moi, comment se fait-il que je retrouve ma vie d'avant , mon palais, ma chambre à coucher, etc .Pour un peu, il me semble que je vais retrouver mon épouse dans ce lit ». « En effet , la voici »

 

Carla était bien là, mais elle se souciait de son époux comme d'une guigne. Ayant jeté ses vêtements de deuil au sol, elle s'ébattait dans les bras d'un jeune gourgandin fort bien pourvu, ma foi, si l'on en jugeait par les soupirs extasiés de la veuve éplorée. Nicolas voulut intervenir « Eh toi, j't'ai pas permis ! »( il fut aussitôt frappé de mutisme pendant une minute et demie) Il essaya d'attraper le jeune gourgandin au collet, ce qui est façon de parler, étant donné que l'homme n'avait plus sur lui que ses chaussettes. Sa main passa à travers le cou de l'amant honni : En réalité, il s'agissait d'une projection holographique.

 

Soudain Béhémoth s'exclama, en regardant sa Rolex « houlà, c'est l'heure, vous avez eu votre ration de tourment pour aujourd'hui, je vous laisse » il éteignit l'écran, le remplaça par une chaîne télévisée ordinaire et laissa Nicolas là. Il fit quelques cauchemars, mais enfin, il dormit.

 

Le lendemain, on lui imposa une autre scène. Il était lui-même suspendu à un croc de boucher. Cela ne lui faisait pas mal, puisqu'il était mort, mais ce qui le faisait atrocement souffrir, c'était de voir du haut de sa potence virtuelle son ennemi irréductible, Dominique de V, qui venait d'être élu à sa place. Celui-ci s'exprimait dans un français impeccable et grandiloquent, comme à son accoutumée, devant le Congrès réuni au grand complet à Versailles, et jetait de temps en temps vers lui des regards et ironiques, comme s'il avait deviné sa présence en cette humiliante position.

 

Comme la veille, le tourment cessa subitement, et Nicolas eut même droit cette nuit là, pour le réconforter, à la visite d'une diablesse plutôt gironde. Il aurait préféré une maigre, mais enfin ... retrouver en grande partie son ancien mode de vie en Enfer avait quelque chose d'étonnant.

 

Béhémoth lui expliqua qu'on aurait bien aimé en haut lieu lui trouver un supplice plus dur et plus simple, par exemple travailler comme ouvrier et se lever tôt, pour gagner chichement sa vie, mais que malheureusement, il était si peu doué manuellement et si fondamentalement paresseux et instable, que l'investissement pour sa formation eût dépassé de très loin le rendement. Or l'Enfer applique à fond la doctrine libérale, qui veut qu'un sou investi rapporte son pesant de dividendes aux actionnaires des ténèbres. Nicolas dans un job de prolétaire aurait été une véritable catastrophe économique, presque autant qu'il l'avait été dans son job de président.

 

On lui cherchait donc actuellement un emploi en Enfer, qui ne rapporterait rien mais ne coûterait rien non plus, et serait adapté à son cas, dans le but de le faire souffrir un maximum, selon ses compétences et pour un investissement minimum. En attendant, on éprouvait sa résistance psychique avec des cauchemars éveillés en 3D.

 

Le surlendemain, un troisième tourment lui fut infligé : cette fois-ci, son superbe falcon ( surnommé « Air Force bling bling » par ses détracteurs ) se tenait sur un tarmac virtuel, en partance pour une mission gouvernementale, mais chaque fois qu'il voulait embarquer, il se faisait refouler comme un malpropre, tandis que Martine Aubry, élue Présidente à la place de Dominique de V, s'installait en grommelant que « de tout ce luxe, elle avait rien à foutre et qu'elle allait le virer ».

 

Dans une autre scène holographique, qui suivait immédiatement celle-ci, il se retrouvait au Fouquet's : Mais Bertrand Delanoë avait fait réquisitionner le restaurant prestigieux pour des distributions de soupe populaire et c'était lui, Nicolas, qui sous le nom de Mr Martin, qui devait servir les déshérités aux côtés d'un syndicaliste puant la sueur et le tabac. A la fin de cette scène, comme il ne cessait de répéter « mais enfin, chuis Nicolas Sarkozy, chuis président de la République! » une horde de blouses blanches l'embarquait en Cellule d'Internement aux cris de « Sarkozy, en CI !».

 

Ces supplices et bien d'autres encore se répétèrent en boucle, pendant des jours et des semaines. A la fin, cela ne lui faisait plus rien de voir sous son nez sa femme changer d'amant comme de chemise, ni Aubry jeter son bling- bling aux orties ou les hospitaliers le mettre en cellule capitonnée. Le plus dur à endurer, ce fut d'écouter et de regarder ad libitum Villepin se pavaner à Versailles. Sans compter l'obligation d'employer les négations quand il parlait, même avec des ouvriers de sa Satanique Majesté.

 

Mais même ça, il finit par s'y habituer.

 

 Lafayette, nous y voilà !

 

Un jour, enfin, il ne vit plus ni son épouse, ni ses rivaux et ennemis d'antan lui infliger des cauchemars holographiques. Le décor avait changé, il n'était plus au palais de l'Elysée, mais dans un désert de sable blanc, une sorte de no man's land où il prononçait son fameux discours de Latran. Habillé comme un prêtre en civil venu visiter une banlieue karchérisée, croix de bois en sautoir et lacet noir discret à la place de la cravate. 

Lorsqu'il asséna l'axiome selon lequel "l'instituteur ne remplacera jamais le curé" il se retrouva, conspué et humilié devant une assemblée de diablotins et diablotines pliés en 4 de rire, qui lui jetaient des boulettes de papier en blasphémant comme des charretiers.

 

Quand l'affreuse scène cessa, Nicolas portait toujours un costume d'ecclésiastique, mais d'un genre plus classique et plus ancien, agrémenté de broderies, d'or et de dentelles. Il se trouvait dans un château cossu, à la campagne, entouré par des bois que l'on apercevait par les étroites fenêtres. Malgré le soleil printanier et la présence d'une cheminée où une bûche finissait de grésiller, il sentait un froid de canard s'infiltrer sous sa robe de prélat.

 

C'est alors que Belzébuth en personne vint lui annoncer quel allait être son emploi définitif et perpétuel châtiment. De prime abord, Nicolas s'en réjouit : il s'agissait d'une charge de Chanoine, confesseur de la Noblesse en l'an 1558 

Cela lui sembla un emploi plutôt confortable : Le prédicat , à cette époque, n'empêchait pas que l'on put goûter sans entrave à des joies païenes, comme de lutiner des servantes ou de se livrer au péché d'orgueil ( de loin, son préféré ) voire aux douceurs empoisonnées de la vanité, qu'il adorait.

 

Bien sûr, la discrétion était fortement conseillée et même vitale, mais ce ne serait pas plus difficile à maîtriser que la négation. C'est à dire assez difficile tout de même.

 

Evidemment, il y avait un hic : le bling bling, sous le règne de Henri II, restait assez sommaire, quand au confort, mieux valait ne pas y penser. Pas d'avions, pas de bagnoles, pas d'hôtels 5 étoiles, pas de Rolex, pas de Ray Ban ..et surtout, pas de chauffage central ! Mais le Prince des Ténèbres le rassura, en lui indiquant qu'il pourrait très bien mettre des culottes longues sous sa soutane et se procurer facilement une chaude étole en peau de chat.

 

Ainsi en avait donc décidé le concile des Ténèbres : pour son supplice définitif et éternel, Nicolas, Chanoine de Latran, devenait le confesseur particulier d'une des plus belles, des plus délicates, des plus nobles personnes ayant vécu en ce milieu du XVI ème siècle. « Et surtout probablement l'une des plus vertueuses », ajoutait Belzébuth, « puisqu'elle résista toute sa vie à sa passion, bien que partagée, pour un certain Duc de N. »

C'était donc cela, le châtiment ?

 

« Eh oui, Monseigneur de Latran, étant le confident spirituel attitré de cette gente dame, il vous faudra jusqu'au bout et jusqu'à la fin des siècles, l'entendre répéter, en confession et en entretien particulier, en boucle et sans pouvoir en changer une lettre, son histoire de coeur, dont elle vous fera tout un roman ! »

Allons donc, Nicolas n'en croyait pas ses oreilles, une peine aussi légère ! A croire que les socialos, cette bande de laxistes, toujours enclins à excuser à qui mieux mieux les coupables délinquants, s'étaient infiltrés dans l'au-delà pour y légiférer ! Celle-là, elle était bien bonne !

 

Mais le rictus de satisfaction de l'ex-Président devant la sentence se mua en une grimace d'intense déception, ponctuée de ce cri déchirant :"OH NOOOOOON ! " lorsque l'Infernal  lui dévoila l'identité de la gente dame en question :

C'était la Princesse de Clèves.

Publié dans humour

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